Les petites fictions de Nanard Fochesato

Publié le par cpesmde

Noël, Noël...

Mes enfants m'ont particulièrement gâté, cette année.

 A l'initiative de ma femme, ils se sont occupés de mes cadeaux.

Adorables enfants qui ont failli perdre leur père, au lendemain de Noël!

Mais comment leur en vouloir?

A peine puis-je reprocher à leur mère un manque de discernement dans le choix des cadeaux.

Mais en les incitant à tout confectionner de leurs mains, elle ne pouvait me donner une meilleur preuve d'affection.

Ainsi, ce 25 décembre, je découvre sous l'arbre de Noël, de volumineux paquets.

 Je les ouvre rapidement et, au fur et à mesure que je découvre leur contenu, un sourire attendri illumine mon visage.

 - Ah ! les braves enfants, tout un lot de vieilleries pour la prochaine brocante. Avec l'argent, je pourrai me racheter du matériel de plongée.

 Bien vu, les amours!

En effet, certains accessoires de mon matériel ayant donné quelques signes de faiblesse, je l'avais fait savoir, à l'approche des fêtes.

- Mais non papa, c'est la panoplie complète qu'on t'a faite!

 - Quoi?

 - Attends chéri, ça fait depuis un mois qu'ils fabriquent tout ça. Et toi, tu rigoles.

 - Allez papa, tu vas essayer, c'est maman qui l'a dit!

- Hein! Elle est gentille maman, mais faut quand même pas trop pousser.

 - Tu vois maman, il veut pas essayer. Tu avais promis...

- Ecoute chéri, c'est vrai, je leur avais promis que tu t'équiperais pour leur faire plaisir. Justement, ils doivent aller chez les voisins.

 La mamie leur a préparé des friandises. Ils font l'aller-retour pendant que tu t'habilles.

 Quand ils reviennent, on fait quelques photos, voilà tout.

- Attends, t'as vu ce bazar?

Je vais jamais y arriver tout seul.

 - Ne t'inquiète pas, je vais t'aider.

 Allez les enfants, mamie vous attend. A votre retour, vous aurez une surprise.

 Dépité, je les vois partir tandis que je finis d'ouvrir les paquets.

 - Ecoute chéri, me dit encore ma femme, je viens de penser à une chose. Ce serait super si tu plongeais dans le bassin.

 Tu t'imagines la tête des enfants?

 Tu leur fais coucou au milieu des poissons rouges, ça serait rigolo, non?

Alors là, c'est n'importe quoi!

- Ca va pas! T'as vu l'équipement? En plus, il fait un froid de canard.

 - Comment? Avec ton équipe de nazes, vous vous vantez de plonger dans de l'eau à 6 degrés, vous vous retrouvez à poil sur le bateau, par n'importe quel temps, et pour une fois que je te demande quelque chose, même pas pour moi mais pour les gosses, tu vas refuser?

 Un ange-grenouille passe, lourdement lesté.

 Notre terrasse surplombe le bassin. Pour y accéder, je suis obligé de sauter.

 Un saut droit, au milieu des poissons rouges... Eux aussi, ils vont être surpris!

En voulant dire au revoir à ma femme, mes lèvres restent collées à l'écrou en cuivre du détendeur Butagaz.

 Ca commence mal.

 En plus, j'ai la bouteille de gaz qui me broie le dos. Je prends une ultime bouffée d'air frais et je saute.

 Pas même le temps de réagir, je disparais tout entier dans la vase.

 Pour sur, avec le poids de l'enclume comme lestage, c'est pas le canard autour de ma taille qui va m'aider.

 Bon sang que c'est froid.

Mon masque se remplit d'eau. Evidemment, Pluto avec la gueule ouverte!

 Heureusement, j'ai la cagoule de Fantomas qui me protège encore. Je tente d'enlever le masque, mais l'ordinateur me gêne.

 Comment ils ont fait, les gosses, pour fixer un bracelet sur le Mac?

 Pas de panique!

 Je détache l'enclume et je crève la bouée. Je sors enfin de la vase. Maintenant, je me déplace comme un scaphandrier. Les palmes académiques de grand-père sont épinglées à ses vieux bottillons de chasse.

 Elles ne m'aident pas vraiment. Et la combinaison de tante Ginette, si elle a servi de rempart illusoire face aux assauts de l'oncle Charles, elle est totalement inefficace contre le froid.

De plus, la dentelle qui s'accroche aux racines me donnent quelques soucis.

Peut-être qu'en utilisant la faucille que j'ai au mollet, je parviendrai à me dégager.

 Non, mes gants en peau d'autruche ont gonflé et deviennent glissants. Je perds la faucille.

Ma prestation est lamentable.

 Les enfants sont probablement revenus maintenant, je dois leur faire signe.

Je lève la tête vers la surface mais l'eau est trouble. J'ai quand même l'impression bizarre que le ponton est vide.

 Ca suffit, je vais remonter.

Malheureusement, le parachute de G.I Jo est trop petit pour me ramener à la surface.

 A cet instant, je pense avoir respiré une énorme bouffée de gaz Butane. Je ne sais pas combien de temps je suis resté inconscient. Quand j'ai repris connaissance, j'ai entendu les rires des enfants.

- C'est votre femme qui vous a sorti de l'eau, elle vous croyait mort.

Un type, en blouse blanche, s'affaire autour de moi.

 - On vous garde en observation quelques heures et vous pourrez rentrer.

 - Mon pauvre chéri, est-ce que tu te souviens de ce qui s'est passé?

Je secoue péniblement la tête. Je n'arrive pas à parler.

- C'est bien toi, ça! Essayer ton nouveau matériel dans le bassin, le jour de Noël!

Tu ne te rappelles vraiment de rien?

Mais non, elle m'énerve!

- On peut dire que vous vous en sortez bien. Votre femme vous a déséquipé avant l'arrivée des pompiers.

A ce propos, le lieutenant voudrait vous dire un mot.

Chef!

 - Oui. Bonjour monsieur.

 On s'est permis de jeter un coup d’œil à votre matériel, votre femme l'avait laissé à côté de vous.

On peut dire qu'elle vous a gâté, hein? 

Je suis moi-même plongeur. 

Rien que des grandes marque : Cressi, Marès, Beuchat… 

Une chose est sur, ils ne sont pas en cause.

Par contre, vous, faudra penser à faire un p'tit bilan de santé, hum?

Allez, bon rétablissement.

Alors, comme ça, c'est ma femme qui m'a sauvé la vie. Adorable épouse, si attentionnée. 

Mais qu'est-ce qui m'a pris d'aller plonger dans ce bassin?

Un mois a passé et je suis complètement rétabli. 

Demain, nous partons pour une semaine à la montagne. C'est encore ma femme qui en a eu l'idée.

Elle m'a aussi inscrit à un stage d'ulm.

Elle pense que je dois varier mes activités.

Elle s'est consciencieusement documentée.

Elle a lu dans des revues spécialisées qu'on peut fabriquer soit-même ce genre de machine. 

Elle se propose de m'aider...

Noël, c'est dans 11 mois!

Quelle merveilleuse épouse.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article